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Le corps humain et la radio : deux univers de fréquences, mais pas de la même manière

17 août
6 min de lecture

À première vue, comparer un être humain à une radio peut sembler étrange.


Une radio possède une antenne, sélectionne des fréquences, reçoit des ondes électromagnétiques et transforme ces signaux en sons. Le corps humain, lui, est un organisme vivant composé de cellules, de tissus, d’eau et de molécules.


Pourtant, il existe des rapprochements intéressants entre ces deux univers. Notre organisme produit des signaux électriques, génère de faibles champs électromagnétiques et fonctionne grâce à de nombreux phénomènes rythmiques. Il peut également interagir avec certaines formes d’énergie électromagnétique provenant de son environnement.


Mais l’analogie a ses limites : le corps humain n’est pas littéralement un poste radio et ne possède pas une fréquence unique sur laquelle il suffirait de « s’accorder ».


Comprendre cette différence permet justement de découvrir quelque chose de beaucoup plus fascinant : le rôle de la fréquence, de la synchronisation et de la résonance dans les systèmes physiques et biologiques.


Une radio transforme des ondes invisibles en information


Commençons par une radio.


Une station de radio transmet de l’information à l’aide d’une onde électromagnétique. Cette onde se propage dans l’espace et peut être captée par une antenne.


Le récepteur sélectionne ensuite une bande de fréquences particulière.

Par exemple, une station FM peut transmettre autour de 100 MHz, soit environ 100 millions de cycles par seconde.


Le récepteur traite le signal modulé et récupère l’information qu’il contient afin de produire finalement un son.


Nous pouvons simplifier cette chaîne :

émetteur → onde électromagnétique → antenne → sélection et traitement du signal → information → son


Le principe fondamental est que le récepteur doit être conçu pour répondre aux caractéristiques du signal recherché.


Le corps humain produit lui aussi des signaux électriques


Notre organisme repose sur une activité électrique permanente.


Les neurones communiquent notamment grâce à des variations du potentiel électrique de leur membrane. Le cœur est activé par un système de conduction électrique coordonné. Les muscles utilisent également des phénomènes électrochimiques pour déclencher leurs contractions.

Ces activités peuvent être mesurées.


L’électrocardiogramme (ECG) mesure l’activité électrique associée au fonctionnement du cœur.

L’électroencéphalogramme (EEG) mesure des différences de potentiel liées à l’activité collective de populations de neurones.

L’électromyogramme (EMG) permet d’étudier l’activité électrique musculaire.


Le corps humain possède donc incontestablement une dimension électrique.


Et lorsqu’un courant électrique varie, il est associé à des phénomènes électromagnétiques. L’activité du cœur et du cerveau produit ainsi également des champs magnétiques extrêmement faibles, que des appareils suffisamment sensibles peuvent mesurer.


Peut-on dire que le corps « émet des fréquences » ?


Oui, à condition de préciser ce que l’on entend par là.

Lorsqu’un phénomène biologique varie périodiquement, on peut décrire certaines composantes de cette variation en termes de fréquences.


Le rythme cardiaque en constitue un exemple très simple.

Un cœur battant 60 fois par minute possède une périodicité fondamentale d’environ :

60 battements/minute = 1 battement/seconde = 1 Hz


Les signaux EEG peuvent également être analysés selon leur contenu fréquentiel. On parle alors conventionnellement de bandes comme delta, thêta, alpha, bêta ou gamma.


Mais cela ne signifie pas que le cerveau soit un émetteur radio FM.


Ces fréquences décrivent principalement des variations temporelles de signaux biologiques mesurés, et non une station radio miniature située dans notre tête.


Le corps peut également recevoir de l’énergie électromagnétique

Notre organisme interagit aussi avec les champs électromagnétiques extérieurs.


L’exemple le plus évident est la lumière.


La lumière visible est un rayonnement électromagnétique. Les photons atteignent les photorécepteurs de notre rétine et déclenchent une série de réactions biologiques qui finissent par produire des signaux nerveux.


Nous sommes donc capables de détecter biologiquement une petite partie du spectre électromagnétique.


D’autres fréquences électromagnétiques peuvent interagir avec nos tissus de différentes manières selon leur fréquence, leur intensité, leur durée d’exposition et les propriétés des tissus.


L’IRM constitue un exemple particulièrement intéressant d’interaction contrôlée entre le corps et des champs électromagnétiques.


Une radio exploite également la sélectivité en fréquence


Nous pouvons maintenant revenir à notre radio.


L’antenne reçoit simultanément de nombreux champs électromagnétiques provenant de l’environnement.


Pour écouter une station particulière, le récepteur doit sélectionner la bande de fréquences recherchée et extraire le signal utile parmi de nombreux autres.


Les systèmes radio utilisent pour cela des circuits, filtres, oscillateurs et techniques de traitement du signal.


La fréquence permet donc de séparer, sélectionner et traiter différents signaux.


Le vivant utilise lui aussi des phénomènes de synchronisation, mais selon des mécanismes biologiques très différents.


La synchronisation existe réellement dans le corps


Notre organisme contient de nombreux systèmes rythmiques qui doivent être coordonnés.


Le cœur en est un exemple remarquable.


Des cellules spécialisées participent à la génération et à la propagation d’une activité électrique coordonnée permettant aux différentes régions du muscle cardiaque de se contracter dans une séquence organisée.


Le cerveau présente lui aussi de nombreux phénomènes oscillatoires et de synchronisation entre populations neuronales.


À une autre échelle, notre rythme veille-sommeil est organisé par des mécanismes circadiens proches d’un cycle de 24 heures et synchronisés notamment par l’alternance entre lumière et obscurité.


La synchronisation biologique existe donc réellement.


Mais elle ne correspond pas à une fréquence électromagnétique universelle du corps humain.


Il existe plutôt une multitude de rythmes et de mécanismes différents.

Quand deux oscillations se synchronisent

Il existe en physique et en biologie un phénomène appelé entraînement, ou entrainment.


Un oscillateur peut, dans certaines conditions, adapter progressivement son rythme sous l’influence d’un autre phénomène périodique.


Les horloges biologiques en fournissent une illustration : la lumière quotidienne contribue à synchroniser notre rythme circadien avec le cycle jour-nuit.

Dans d’autres systèmes, des oscillateurs couplés peuvent également finir par présenter des relations de phase relativement stables.


Cette idée de synchronisation est donc scientifiquement réelle.

Mais elle dépend toujours d’un mécanisme de couplage.


Deux systèmes ne se synchronisent pas simplement parce qu’ils possèdent une fréquence similaire. Il faut qu’une interaction physique ou biologique permette à l’un d’influencer l’autre.


La résonance : quand la fréquence augmente l’efficacité de l’interaction


La résonance apparaît lorsqu’un système répond particulièrement fortement à certaines fréquences d’excitation.


Nous retrouvons ce principe dans une corde de guitare, un diapason, une antenne, un circuit électrique ou les phénomènes exploités en résonance magnétique.


On peut résumer l’idée ainsi :


source → excitation périodique → couplage → réponse du système


Lorsque les conditions de fréquence et de phase sont favorables, l’énergie peut parfois être transférée beaucoup plus efficacement.


Mais la fréquence ne remplace jamais la puissance ou l’énergie.


Une fréquence parfaitement choisie ne constitue pas une source d’énergie.


Fréquence et puissance : deux notions à ne pas confondre


La fréquence est mesurée en hertz (Hz).

La puissance est mesurée en watts (W).


Elles répondent à deux questions complètement différentes.


Fréquence : à quel rythme le phénomène oscille-t-il ?

Puissance : quelle quantité d’énergie est transférée par unité de temps ?


Une onde peut donc posséder une fréquence très précise tout en étant extrêmement faible.


Inversement, une source peut être très puissante sans être adaptée au mécanisme que l’on souhaite exciter.


L’effet physique dépend donc généralement d’une combinaison de facteurs :


fréquence + amplitude ou puissance + durée + phase + couplage + propriétés du système.


L’être humain n’est pas une radio, mais l’analogie est instructive


Nous pouvons maintenant comprendre à la fois la force et la limite de la comparaison.

Une radio :


reçoit des champs électromagnétiques → sélectionne certaines fréquences → traite le signal → extrait de l’information.


Le corps humain :


produit des signaux bioélectriques → génère de faibles champs associés → possède de nombreux rythmes biologiques → interagit avec certaines formes d’énergie provenant de son environnement.


La véritable importance d’être « sur la bonne fréquence »


L’expression « être sur la même fréquence » possède finalement une intéressante correspondance avec certains principes physiques, à condition de ne pas la prendre trop littéralement.


En physique, une interaction efficace peut nécessiter une fréquence appropriée.

Pour certaines interactions oscillatoires, la phase compte également.


Et pour qu’un système influence réellement un autre système, il faut un mécanisme de couplage permettant un transfert d’énergie ou d’information.

On pourrait résumer cette idée par :


bonne fréquence + bonne phase + couplage réel + énergie suffisante = possibilité d’une interaction efficace.


La synchronisation n’est donc pas une force mystérieuse.


C’est au contraire un principe que l’on peut mesurer, modéliser et observer dans de nombreux systèmes.


Et c’est peut-être là que la comparaison entre l’être humain et la radio devient la plus intéressante : dans les deux univers, il ne suffit pas qu’un signal existe. Pour produire un effet déterminé, il faut qu’un système soit capable de le détecter, d’interagir avec lui et d’y répondre.

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